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31 ans après le séisme du 10 octobre 1980 de Chlef
Il y a 31 ans, la région de Chlef (à l’époque El Asnam) était secouée par un violent tremblement de terre: 7,2 sur l’échelle de Richter. Le tremblement de terre le plus violent de l’histoire du pays avait fait plus de 3500 morts et 4500 blessés, en plus de dizaines de milliers de familles sans abri. Le séisme, qui s’est produit un vendredi à 13h30, a ébranlé toute la plaine du Cheliff, rayant presque de la carte des villes et des villages entiers : El Asnam-Centre, Sendjas, Zeboudja, El Abadia et Beni Rached. L’épicentre a é té localisé dans cette dernière localité, où des failles importantes sont apparues sur plusieurs kilomètres, déclenchant un véritable cataclysme dans la région. Le traumatisme généré par la catastrophe aurait sans doute été plus profond sans le vaste élan de solidarité qui s’est exprimé à partir de toutes les régions du pays, mais aussi à partir de l’étranger en faveur des populations sinistrées. En effet, aussitôt la triste nouvelle connue, de nombreux citoyens, dont des médecins et des volontaires de tous bords, se sont rendus dans les zones sinistrées pour apporter leur soutien aux familles et les aider à surmonter cette dure et difficile épreuve. De même, des pays étrangers ont manifesté leur solidarité en envoyant des secouristes ainsi que des aides alimentaires et matérielles. Tout en plaçant la région sous commandement militaire, les pouvoirs publics ont décrété un plan d’urgence articulé en trois phases. La première phase portait sur le recasement des familles sinistrées sous des tentes ; la seconde concernait leur relogement dans des habitations en préfabriqué, alors que la troisième et dernière intervention devait être consacrée à la reconstruction définitive de la région sinistrée.
3500 victimes
Dans ce cadre, 18 000 logements en préfabriqué ont été construits autour de la ville de Chlef, ce qui a donné lieu à l’émergence de quatre grandes agglomérations, dont celle de Chettia qui est devenue, à partir de 1985, une commune à part entière avec 80 000 habitants. L’aide internationale dans ce domaine a été par ailleurs d’un précieux apport. L’Italie et la Norvège, par exemple, ont construit deux cités en préfabriqué à El Hassania et Zeboudja, non loin de l’épicentre du séisme du 10 octobre 1980. 31 ans après, les stigmates de cette catastrophe sont toujours présents, à l’image de ces cités en préfabriqué qui ont été érigées autour de l’ancien tissu urbain pour accueillir les 18 000 familles sinistrées de l’époque. Seul le centre-ville a pu être reconstruit, mais pas comme on l’espérait ; il n’a plus le visage de l’ex-El Asnam. La circulation y est dense en raison de la saturation du réseau routier, les rues et les trottoirs sont en perpétuelle dégradation et l’extension urbaine a pris une destination fortement contestée au point de déborder carrément sur des terres parmi les plus fertiles de la région. En effet, plus de 300 ha de riches terres agricoles ont été affectés à des projets publics, ces dernières années, dans les communes voisines de Chlef et de Chettia. On y a construit notamment le nouveau pôle universitaire et les trois villes nouvelles qui étaient initialement destinées au relogement des 6300 familles occupant les logements en préfabriqué à titre de locataire. Cependant, devant le refus de ces derniers, ces ensembles ont été versés dans le social, les sinistrés ayant demandé à rester chez eux, à l’instar de 12 000 propriétaires de «chalets», afin de bénéficier de l’aide à la reconstruction.«Nous faisons les frais d’une politique que nous ne comprenons pas», indiquent des habitants de la ville, faisant allusion, sans doute, à la dégradation continue de la situation socioéconomique et à la clochardisation de la cité. «Où sont passés les 220 milliards de dinars que l’Etat a dégagés depuis 1999 pour le développement de cette région ?», s’interrogent d’autres.
Une reconstruction contrariée
Il est vrai que l’effort financier consenti durant la dernière décennie n’a pas eu l’effet escompté sur le quotidien des populations. La couverture en gaz naturel ne dépasse guère les 35%, l’eau potable fait cruellement défaut dans beaucoup de localités… De même, l’extension de la région sinistrée, qui devait être orientée vers le Sud, selon les spécialistes en la matière, a été étrangeent déviée vers la plaine et des zones périphériques déjà fortement saturées. Les citoyens contestent vivement cette option qui, d’après eux, ne fait qu’encourager les maux sociaux et la prolifération de constructions anarchiques, dans un décor apocalyptique. C’est le cas notamment à Haï Nasr où des villas luxueuses côtoient des bidonvilles et des quartiers entiers en préfabriqué. Sur le respect des règles de construction antisismiques, personne à Chlef n’est en mesure de dire si tel ou tel projet est vraiment aux normes en vigueur, car cela dépend de beaucoup de paramètres, selon les intervenants dans le secteur. Seuls les projets publics sont, dit-on, soumis à un cahier des charges strict dans ce domaine. Pour en revenir au problème récurrent du préfabriqué, il faut savoir que la situation n’a guère changé pour les habitants, qui ont l’impression d’avoir été abandonnés à leur triste sort depuis trois décennies. Le dispositif de soutien initié par le gouvernement, suite aux émeutes qui ont secoué la région en avril 2008, n’a pas fini de susciter leur courroux pour diverses raisons. En fait, 31 années sont passées après le tremblement de terre du 10 octobre 1980, laissant persister les mêmes incertitudes et les mêmes interrogations au sein d’une population désespérée qui n’aspire qu’à une vie décente.
Source Ahmed Yechkour sur Algerie360

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